Ca s'est passé pas loin de chez nous et sur ce coup là, nos autorités ont vraiment été mauvaises : Mamoudzou (Mayotte), le mercredi 3 novembre 2004 – Lorsqu’une femme enceinte ou en post-partum présente des signes neurologiques évocateurs de béribéri sec, on dit qu’elle souffre de « lalavi », en langue shimaorée, parlée par une grande majorité des habitants de l’île de Mayotte, collectivité départementale française, perdue dans l’Océan indien et apparemment quelque peu oubliée des autorités sanitaires de la République.
Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) révèle en effet dans son édition du 2 novembre qu’une « épidémie » meurtrière de Béribéri a sévi sur l’île au printemps dernier. Le premier cas a été rapporté le 4 avril dernier et très rapidement les professionnels de santé ont craint l’existence d’un phénomène de grande ampleur. Les auteurs de l’étude rapportent qu’entre le 4 et le 8 mai un traitement systématique par polyvitaminothérapie orale, puis par thiamine parentérale « a été institué pour tout enfant suspecté de béribéri admis au Centre hospitalier de Mamoudzou (CMH) ». Le 10, l’Institut de veille sanitaire et la Direction générale de la Santé étaient alertés. Cette réaction assez rapide aux événements n’aura cependant pas permis d’éviter une situation dramatique et particulièrement inquiétante sur un territoire français. Parmi les 32 cas de béribéri infantile recensés entre le 4 avril et le 13 juillet, vingt nourrissons sont en effet décédés. Les auteurs notent en outre « qu’un enfant survivant a conservé des séquelles neurologiques graves, consécutives à une anoxie cérébrale prolongée ». Les survivants ont bénéficié d’un traitement par thiamine en urgence et l’un d’entre eux a reçu une thiamninothérapie sur l’île de la Réunion. Pour tenter de définir un peu mieux les raisons qui peuvent expliquer cette flambée d’une affection carentielle que l’on espérait éteinte, les auteurs de l’étude ont interrogé les mères des enfants malades : vingt-et-une ont répondu à leurs questions. Il est apparu qu’une majorité d’entre elles étaient originaires des Comores (18 sur 21). Cependant, « la durée médiane de séjour des femmes originaires des autres îles des Comores était de six ans », précisent les auteurs, ce qui signifie qu’elles auraient dû à tout le moins bénéficier du système de santé français et de la PMI. En outre, « ces enfants représentent près des deux tiers des naissances à Mayotte », selon l’Insee. Pour éviter l’apparition d’autres cas, deux campagnes de distribution de suppléments vitaminiques ont été organisées. La première lancée le 2 juin concernait en priorité les nourrissons de moins de trois mois, tandis que la seconde organisée à partir du 15 juin ciblait les femmes enceintes et allaitantes. Malgré elles, trois cas de béribéri ont été signalés après le lancement de ces campagnes, qui concernaient des enfants n’ayant pas bénéficié de la supplémentation vitaminique. Rappelons que l’île de Mayotte a opté pour la France lors du référendum d’autodétermination des Comores, le 22 décembre 1974. Une enquête administrative, voire judiciaire, parait s’imposer pour connaître les causes de ce fiasco sanitaire. © Copyright 2004 http://www.jim.fr
